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  1. Il existe, au nord du Japon, une ville que peu de voyageurs occidentaux connaissent, mais qui représente pourtant l’un des lieux les plus chargés d’histoire martiale du pays : Murayama, dans la préfecture de Yamagata. C’est ici, à la fin du XVIe siècle, qu’est né Hayashizaki Shigenobu, l’homme à qui l’on attribue la codification du iaido, l’art de dégainer le sabre.

Hayashizaki Shigenobu : le père du iaido

Hayashizaki Jinsuke Shigenobu (林崎甚助重信) aurait vécu entre 1542 et 1621, bien que les sources historiques restent fragmentaires. Selon la tradition, après la mort violente de son père, le jeune Shigenobu se retire dans un sanctuaire shinto pour méditer et s’entraîner. Après des années de pratique solitaire et de prières à la divinité Hayashizaki Myojin, il développe un style de combat entièrement centré sur la rapidité du dégainement, le batto ou nukitsuke.

Son système, connu sous le nom de Hayashizaki-ryū, allait donner naissance à plusieurs écoles de sabre, dont les deux plus importantes qui nous sont parvenues : le Musō Shinden-ryū et le Musō Jikiden Eishin-ryū, toujours pratiquées aujourd’hui dans le monde entier.

Le iaido : l’art de la présence instantanée

Le iaido (居合道) est souvent mal compris en Occident. Ce n’est pas un sport de combat au sens classique du terme, c’est un budō, une voie martiale. La pratique consiste à enchaîner des séquences codifiées appelées kata : chaque kata simule une situation de combat dans laquelle le praticien part du sabre dans le fourreau, dégaine, frappe, effectue un chiburi (secouement du sang sur la lame) et refourraille.

La beauté du iaido réside dans cette tension permanente entre le calme absolu et la violence potentielle. On y travaille l’alignement du corps, la conscience de l’espace, la respiration, et surtout l’état d’esprit : le zanshin, cette vigilance résiduelle qui ne s’éteint jamais.

Là où le kendo est l’explosion de l’échange, le iaido est la maîtrise du silence avant l’éclair.

Murayama : pèlerinage aux sources

La ville de Murayama n’est pas une destination touristique classique. Pas de temple célébrissime, pas de château spectaculaire. Et pourtant, c’est précisément ce dépouillement qui la rend attachante. La région de Yamagata est connue pour ses hivers rudes, ses traditions artisanales et une certaine austérité dans le caractère de ses habitants, un terreau fertile pour un art comme le iaido.

Le sanctuaire Hayashizaki Jinja (林崎神社), dédié à Hayashizaki Shigenobu, est le point de pèlerinage incontournable pour tout pratiquant sérieux de iaido. On y trouve des offrandes de bokken, des ema (tablettes votives) portant des vœux de progression dans la voie, et une atmosphère recueillie qui tranche avec l’agitation des grandes villes.

Chaque année, un taikai (tournoi/démonstration) réunit des pratiquants venus de tout le Japon, et parfois de l’étranger, pour honorer la mémoire du fondateur. Si vous voyagez au Japon et que le iaido vous intéresse, prévoir un détour par Murayama relève du devoir.

Comment s’y rendre

Depuis Tokyo, la solution la plus commode est le Shinkansen Yamagata jusqu’à la gare de Murayama, comptez environ 2h30 depuis Tokyo Station. La ville est petite et le sanctuaire accessible à pied ou à vélo depuis la gare. Le nord de Honshu mérite le voyage à lui seul : les paysages de rizières, les petits temples isolés, et la gastronomie de Yamagata (le bœuf Yonezawa, les cerises Sato Nishiki) en font une destination complète.

Un lieu à part

Murayama ne cherche pas à séduire. Elle existe, fidèle à elle-même, comme le iaido existe fidèle à ses origines, épuré, direct, sans esbroufe. C’est peut-être pour ça que ce voyage m’a marqué autant. Dans un monde qui court sans cesse, passer une journée dans ce coin de Yamagata à réfléchir à la transmission d’un art vieux de quatre siècles, c’est un luxe rare.

Si vous pratiquez le iaido, si vous êtes curieux de la culture martiale japonaise, ou simplement si vous cherchez un Japon loin des sentiers battus, allez à Murayama.

 

Stephane

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